Rencontre avec Patrice Taulou,
éleveur de canards à Cendrieux (24)

Un "Géo Trouvetou" au cœur de la Dordogne, tel est Patrice Taulou, éleveur de canards gras. Sa petite exploitation de 16 hectares a longtemps répondu aux critères d'un terroir niché entre Bergerac et Périgueux : la production de fraises. Dans le pays de Vergt tout le monde faisait pousser ce savoureux fruit, jusqu'au jour où la crise est arrivée et les grandes exploitations ont pris le dessus. Pour continuer à vivre de sa terre, notre quinquagénaire a fait un changement radical, se tournant vers l'élevage de canards gras, avec ce pragmatisme des paysans. Avec l'aide de la coopérative Terres du Sud, il s'épanouit dans cette activité qui lui permet de faire prospérer ses idées. Adepte des "clubs de progrès" de sa coopérative, membre du Conseil d’Administration du groupe Terres du Sud qu’il a rejoint en 2019, il y déploie un sens du collectif qui profite au plus grand nombre.

J’ai choisi de m’investir pour le développement durable de ma filière

Interview

Vous produisez 60.000 canards gras par an, soit 20.000 par bande. On n’ose pas imaginer le travail que représente leur enlèvement, après avoir passé trois mois sur votre exploitation. Vous trouvez encore de la main-d’œuvre ?

C’EST une charge assez lourde et contraignante. Elle nécessite une équipe spécifique de chargement et je reconnais que le turnover est important au niveau de la main-d’œuvre. C’est pour cela que dans le cadre des « clubs de progrès » de la coopérative Terres du Sud, on s’est réuni à quelques-uns pour réfléchir à un système d’aide mécanisée afin d’alléger la pénibilité. Nous avons développé l’idée d’un tapis de convoyage des animaux. Cela participe aussi du bien-être animal. Le prototype doit bientôt voir le jour.

Vous êtes nombreux dans ces « clubs de progrès » ?

Pas forcément. Quand il faut travailler pour ne pas avoir de réponses immédiates, on n’est pas toujours nombreux, mais cela doit faire partie de l’esprit coopératif pour permettre au plus grand nombre de profiter des avancées.

Le bien-être animal et l’image de marque de vos produits, vous les travaillez aussi au niveau de l’agroforesterie. Cela consiste en quoi ?

L’idée est de pouvoir apporter de l’ombre pour les canards mais aussi d’offrir une meilleure intégration paysagère de leurs parcours extérieurs qui sont souvent vite dégradés par leurs passages. La plantation d’arbres nécessite un accompagnement des techniciens de la coopérative pour répondre au cahier des charges. Nous le faisons au travers de la charte « Palmi G confiance » encouragée par Terres du Sud.

Vous devez aussi renouveler fréquemment leur litière, c’est une grosse contrainte ?

J’ai besoin de 150 à 180 tonnes de pailles pour répondre au cahier des charges de l’Indication Géographique Protégée (IGP) de mes canards. Là encore, je réfléchis à mettre en place un système de paillage dans mes nouveaux bâtiments. Il s’agit de pouvoir déposer ce qu’on appelle des bouchons de paille, sans que cela gêne les animaux. Le système de dispersion est suspendu à un rail. Je l’ai prévu pour mon bâtiment le plus récent. Il ne reste plus qu’à l’installer.

Quels rôles ont auprès de vous les techniciens de Terres du Sud dans toutes ces évolutions ?

Personnellement, je les vois comme une courroie de transmission. Ils sont là pour nous accompagner certes, mais surtout pour transmettre, nous faire connaître les innovations en amont comme en aval. Qu’il s’agisse de la biosécurité, de l’enherbage des parcs, des plantations, de l’embellissement des parcours, du bien-être animal…

Et parfois ils arrivent avec des nouvelles technologies, comme la « blockchain canards » développée par Terres du Sud. Elle révolutionne la traçabilité pour les consommateurs, qui peuvent désormais tout savoir sur le canard qu’ils achètent en un scan. Pour les agriculteurs, Terres du Sud met en place une application sur tablette je crois ?

(Il nous coupe)
Nous sommes en train d’être formés par groupe de six ou de huit, mais je peux vous assurer que pour les producteurs la tablette est révolutionnaire. Elle permet de faciliter plein de tâches administratives. Nous avons tous les éléments concernant nos élevages à disposition en permanence grâce à cette tablette. Il ne faut pas qu’elle soit une contrainte, au contraire c’est un outil de facilitation. Régulation des bâtiments, alimentation, charges de travail… les tableaux se remplissent facilement et il suffit de photographier certaines données pour les intégrer. De même, pour répondre aux contrôles, internes à la coopérative et externes, ces tablettes sont d’une efficacité redoutable car rien ne leur échappe.

Faire partie d’un groupe, c’est important ?

C’est dans les années 1997-1998 que j’ai intégré la commission des producteurs de la coopérative. À l’époque, c’était un peu pour hausser le ton car j’avais l’impression de ne voir personne sur l’exploitation. Les choses ont bien évolué dans la transmission des infos et la proximité.

Je vais vous donner un exemple. C’était à la fin de l’année 2015, je participais à une réunion publique d’une institution sur la grippe aviaire. J’avoue que je n’étais pas peu fier de pouvoir constater que j’en savais plus que le technicien qui animait cette réunion, grâce aux informations qui nous étaient remontées par le biais de Terres du Sud. Ce soir-là, parmi mes confrères éleveurs, je me suis senti privilégié grâce à la coopérative.

On a toujours quelque chose à apprendre des autres. C’est pour cela que j’ai accepté de rejoindre le conseil d’administration du groupe Terres du Sud. Cette fonction est aussi enrichissante. Elle permet de comprendre les rouages de tous les métiers, d’avoir une vision sur les chiffres et de faire entendre sa voix. C’est important que les agriculteurs aient leur mot à dire.