Rencontre avec Fabienne Rigal,
viticultrice à Vire-sur-Lot (46)

La vigne dans le sang ! Voilà qui aurait pu faire un bon titre de téléfilm estival avec pour héroïne Fabienne Rigal. Avec son mari Fabrice, elle s'occupe de deux domaines, celui du Colombier et le château Trompette. Au total 20 hectares de vignes au cœur du village de Vire-sur-Lot. Sa saga a pris sa source un jour de février où son père lui mit un sécateur dans les mains pour voir si sa citadine de fille, âgée de 14 ans, allait résister à une semaine de taille. Elle s'est accrochée comme elle le fait aujourd'hui pour privilégier l'écosystème de sa vigne. L'histoire de Fabienne, c'est le récit d'une passion pour ce dur métier. Du gel, de la grêle, de nouvelles barrières douanières, une crise sanitaire... il faut aimer la viticulture pour se battre comme elle le fait, relevant tout de même le défi de la conversion bio. Un chemin qui n'aurait peut-être pas été aussi facile à emprunter sans l’appui de la coopérative Terres du Sud.

J’ai choisi de repenser ma vigne comme un écosystème

Interview

Quand on a un lien charnel comme le vôtre avec la vigne, et la terre qui la porte et la fait pousser, cela devait être difficile de voir son métier pointé du doigt, à cause des intrants, comme si vous faisiez du mal à cette terre ?

VOUS ne croyez pas si bien dire. Il y a quelques jours, avant cet entretien, j’étais dans les rangs avec deux stagiaires et on s’occupait à attacher des petits plants. Je leur expliquais comment faire attention aux pousses, celles qui vont donner vie aux grappes de raisins une fois arrivées à maturité. Pour bien leur faire comprendre, je leur ai dit que ces pousses « ce sont mes bébés ».

J’aime mon métier, de la plantation jusqu’à la mise en bouteille, avec mon mari Fabrice, on partage tout de A jusqu’à Z. Très vite, au début de notre aventure, nous nous sommes posés la question des intrants, pour nos sols et pour nos vins. Il se trouvait qu’avant de me rejoindre sur l’exploitation viticole, Fabrice travaillait pour Terres du Sud. J’ai pu être un peu sceptique à l’idée de les faire venir, parce que j’avais connu une expérience peu concluante avec une autre structure, mais il savait que leur façon d’accompagner les agriculteurs allait me correspondre.

Comment s’est passée la première prise de contact avec Terres du Sud. Vous avez été conquise d’emblée ?

C’était en 2003 et, à vrai dire, j’ai eu une période de doute. Le technicien est venu et plutôt que de prescrire un traitement mécanique en 14 fois comme on avait connu par le passé, il nous a dit que, comme il n’y avait pas de tâches sur les feuilles de vigne, il ne fallait pas traiter. J’ai dit à mon mari OK, on va voir. Et puis les semaines ont commencé à passer et je voyais les voisins qui traitaient les uns après les autres, et pas nous ! Une semaine, puis deux, puis trois jusqu’à cinq. J’avoue que je m’interrogeais et à chaque fois le technicien disait « pas de tâche, pas de traitement ». Et puis à l’arrivée, on a traité que cinq fois au lieu de quatorze ! Depuis, on a toujours eu que cinq ou six traitements par an.

Cela demande une vraie confiance de suivre cette voie ?

La confiance, Terres du Sud la gagne auprès des agriculteurs en allant sur le terrain. Leur technicien prend rendez-vous dans la parcelle, va au milieu des vignes, de façon répétée, pour compter les tâches. C’est au contact de la vigne qu’il décide ou non s’il faut traiter. Il n’est pas là pour vendre du produit à outrance, alors que, jusque-là, c’était plutôt comme cela qu’on voyait les techniciens fonctionner, avec une arrière-pensée financière. Le gain financier dans cette affaire, il a été pour nous.

La relation humaine a encore son importance ?

Dès qu’il y a une question, une réponse est apportée par Terres du Sud. On l’a vu encore récemment sur la question du palissage. Même pour choisir nos nouveaux piquets, le technicien est venu sur place. Il s’est déplacé avec les fournisseurs pour qu’on fasse le bon choix en fonction de nos parcelles, car tout compte dans la vigne. Cette relation, elle n’a pas de prix.

La conversion en bio, c’était une étape logique pour vous ?

En fait, avec la démarche de conduite de notre vigne et l’accompagnement de la coopérative, nous y étions déjà quasiment en bio, sauf sur le papier. Il faut le reconnaître, la conversion amène surtout des tâches administratives en plus, mais pour nous c’était normal d’aller vers la conversion. On ne désherbe pas et mon mari, Fabrice, a toujours été très attaché à la vie microbienne dans les sols. Nous étions déjà labellisés HVE (certification Haute Valeur Environnementale), passer en bio c’était donc boucler la boucle.

Il ne vous reste plus qu’une corde à mettre à votre arc, avec la ruche que vous attendez ?

(Elle peste)
Ah, sans ce coronavirus, nous l’aurions déjà, pour faciliter la pollinisation et constater si, oui ou non, notre vignoble qui sera bientôt labellisé bio, facilite la vie des abeilles. Pour le moment, notre essaim est confiné chez un agriculteur, mais il va très vite arriver. On avait planté plein de fleurs pour cela dans nos vignes.

Votre métier, c’est beaucoup de labeur, il y a parfois du plaisir ?

Dans l’appellation Cahors, nous sommes sur un cépage, le Malbec, qui, même s’il a gagné en rondeur depuis deux décennies, laisse toujours des souvenirs en bouche. C’est cela mon plaisir, quand je fais déguster un de mes vins, laisser des souvenirs dans les palais de ceux qui le boivent. Et j’en suis encore plus fière en sachant que ce souvenir ne fait ni de mal à celui qui le boit, ni à la terre qui le produit.

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